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Le 10e anniversaire de la réforme: célébration ou remise en question?

Éducation

Parents : Documentation : Éducation : Le 10e anniversaire de la réforme: célébration ou remise en question?

Myriam Huzel

Partageons le savoir

Le 8 juin 1999, François Legault implantait la réforme scolaire dans toutes les écoles du primaire et du secondaire au Québec, provoquant un mouvement de contestation dans les différents milieux de l’éducation qui persiste encore aujourd’hui. Pour souligner le 10e anniversaire de la réforme scolaire, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et la coalition Stoppons la réforme ont remis un bulletin symbolique au ministère de l’Éducation pour dénoncer «l’échec» de l’approche par compétences. Au même moment, les pays de la francophonie, comme la France, la Belgique et la Suisse, remettent eux aussi en question le statut des compétences dans l’éducation.

Le duel: Pierre Saint-Germain et Michelle Courchesne
Dans une entrevue diffusée à RDI, le président de la FAE, Pierre Saint-Germain, reconnaît l’ouverture dont fait preuve la ministre pour résorber une partie des problèmes liés à la réforme, mais constate qu’il n’y a pas de réelle volonté de changement de la part des fonctionnaires au ministère de l’Éducation. En effet, la formation des maîtres est encore donnée en fonction de l’approche pédagogique par compétences et les échelles d’évaluation de compétences sont encore celles utilisées dans les écoles. M. Saint-Germain réclame des bulletins compréhensibles pour les parents, le libre choix pour l’enseignant quant à l’approche pédagogique adaptée à ses élèves et le retour des connaissances au cœur du programme.

En réponse à ces critiques, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, affiche un bilan mitigé face aux dix années d’existence de la réforme. Lors de son passage à l’émission de radio Maisonneuve en direct, elle a admis que la place accordée à l’apprentissage par projet dans certaines écoles est devenue trop importante. Elle compte revaloriser l’acquisition des connaissances et clarifier les méthodes d’évaluation pour les enseignants et les parents. Elle reconnaît ainsi le besoin de rééquilibrer la place des compétences et des connaissances, tout en réaffirmant le rôle essentiel des compétences pour comprendre et découvrir le monde.

Concrètement, dès septembre, la ministre compte clarifier l’évaluation des connaissances au niveau primaire et le faire en janvier 2010 pour le niveau secondaire. Pour le français par exemple, l’enseignant aura en sa possession une feuille de route détaillée avec un ordre hiérarchique pour l’enseignement des règles de grammaire (apprendre le COD d’abord, puis l’accord du participe passé après).

Et de l’autre côté de l’Atlantique?
Dans le reste de la communauté francophone mondiale, où l’approche des compétences est celle préconisée dans les programmes scolaires, le même genre de discours et de questionnements est à l’ordre du jour dans le milieu de l’éducation. En Belgique, le milieu enseignant dénonce les recommandations trop directives du ministère. Lors de l’implantation de la réforme en Suisse, les enseignants se sont heurtés aux réticences de la population et ont donc décidé de revenir à leur ancien système d’évaluation et de revoir les méthodes d’enseignement. En France, au niveau primaire, le principal problème découle de la définition même des compétences et de la capacité d’évaluer le progrès réel des élèves.

Par ailleurs, Bernard Rey, un chercheur de l’Université Libre de Bruxelles, pose le problème du «remplacement des compétences scolaires par des compétences utilisables immédiatement en dehors de l’école». À ses yeux, le modèle québécois fait beaucoup de parallèles avec la vie quotidienne et risque d’évacuer la capacité de l’élève à faire ses propres interprétations du monde avec comme référence ses connaissances disciplinaires. M. Rey affirme que l’approche des compétences pousse l’enseignant à faire plus de liens entre l’école et la société, et que dans le cas du Québec, cette approche est mise de l’avant pour pallier le problème du décrochage scolaire, où l’élève est attiré par le monde du travail.

Faisons le point!
À la lumière des faits analysés, plusieurs questions restent en suspens. Pensez-vous que l’approche par compétences est la plus désignée pour freiner le décrochage? L’école est-elle un lieu de transmission des savoirs ou l’occasion de construire des savoirs dans différentes situations? Doit-on reculer et revenir aux connaissances, ou aller de l’avant dans le développement de l’acquisition par compétence?


Article – Dernière mise à jour le 6/16/2009

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